Cinéma: Simone Barbès ou La Vertu (1980)

C

Un moment poétique léger, libre et utopique imprégné de pragmatisme, d’envie de faire et de vivre au présent.

Au hazard de ma soirée, en parcourant je ne sais trop quel site web à la recherche d’autre chose, je suis tombé sur un film que j’avais vu il y a très longtemps, un film d’une poésie particulière, sorti de ce tournant des années 80 que j’affectionne particulièrement, un moment où plane une sorte d’innocence. Le gauchisme agonise, avec ses baba cools ringards rescapés de 68 et des communautés, fumant des joints en parlant de révolution, et ils n’ont pas encore troqué leurs dernières illusions pour la carrière et le boursicotage ou les baisses d’impôts. Les jeunes, eux, s’électrisent et enterrent les années 70 dont plus personne ne veut entendre parler à coup de disco et de punk-rock.
C’est un moment magique, celui qui a vu naitre le mouvement « beur » dans les quartiers, la visibilité homosexuelle, les femmes indépendantes au sens professionnel du terme, la victoire de François Mitterrand et de la gauche. Un moment poétique léger, libre et utopique imprégné de pragmatisme, d’envie de faire et de vivre au présent. Le moment clé où la post-modernité n’a pas encore revêtu les habits du néolibéralisme comme c’était déjà le cas aux USA ou en Grande-Bretagne.
Simone Barbès ou la vertu est une sorte d’instantané de ce moment. Une esthétique aux antipodes de l’esthétique artificielle de notre temps, toute en Instagram ou en NetFlix, avec sa crasse ripolinée. Le film est une sorte de tranche de vie, un moment, un instantané, une soirée pour être plus précis, monté comme aurait pu l’être une pièce de théâtre avec ses trois unités de temps et de lieux. Je ne vous en dis pas plus car c’est infiniment mieux de le découvrir par soi-même.
J’ai aimé retrouver l’intimité, cette marque d’un certain cinéma de l’époque, le fait que la caméra ne juge pas, ne dénonce pas, ne bavarde pas mais qu’elle s’efface en donnant au son toute sa place pour me laisser, à moi, le spectateur, le soin de penser ce que bon me semble. Il en sort une poésie pure que renforcent certains moments que la réalisatrice, Marie-Claude Treilhou a délibérément créés, ces moments où elle s’engage et bouscule l’apparente banalité des situations ou des personnages. Là encore, je ne raconterai rien, mais je sais que vous aussi allez vous laisser surprendre par ces rares moments de « parti pris ».
Jusqu’à la dernière image, le quai de Loire dans le XIXe arrondissement de Paris, simplement parfaite.
Je m’efface, à vous de regarder ce (petit) film oublié. Il s’y cache un petit bout de moi-même, de cette époque où je n’avais que 15 ans mais où je découvrais cette ville, Paris, où tout semblait encore possible et où je voyais ici et là ces « adultes » dans leur incroyable liberté.

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