LE SIMPLE

L
F-Vordemberge-Gildewart, vers 1926. CNAC Georges Pompidou.

Ne vous y trompez pas. J’ai ecrit la derniere fois que je placais cette annee sous le signe des autres, n’y voyez aucune forme d’altruisme ni d’esprit de charite ou d’ouvertures, ces especes de bequilles sentimentales qui souvent masque une certaine forme d’egoisme, le plaisir de faire le bien, d’etre gentil, d’etre bon. Ne croyez pas non plus que je ne les pratique pas, mais ce n’est pas a cela auquel je pensais.
Je faisais en fait reference a Jean Paul Sartre. Je suis les autres, tels qu’ils me permette de me faire avec ce que d’autres avant eux m’ont permis de me faire. C’est valable pour moi, mais c’est bien entendu applicable a tout un chacun. La reduction « mediatico-morale » de l’existentialisme a l’engagement est l’un des pire tours de passe-passe de l’ere du neant post-structuraliste. Car pour quelle raison faudrait-il s’engager ? Et ressortent alors les discours moraux, limite religieux. Bref, on n’a garde de l’existentialisme que l’une de ses conclusions, habillant le reste de nos nostalgies pour le Parti Communiste (Francais) des annees 50. On aurait tres bien pu preferer ecouter Juliette Greco, on a decide de « s’engager », d’« etre solidaire ».
J’eu finalement nettement prefere qu’on en retienne Juliette Greco.
Pas etonnant que la gauche agonise… Comme si la gauche etait etre solidaire, etre engage.
Revenons a Sartre. Reprenons Les chemins de la liberte, LE roman existentialiste par excellence. Nous y decouvrons un jeune intellectuel « engage » (il est « pour » la republique espagnole et « contre » Franco, il est « anti-nazi » et il a des sympathies pour la gauche qui critique le Front Populaire -aujourd’hui, en gros, il voterait Besanceneau). Voila donc le portrait d’un homme engage. Un concept qui faisait vomir Nizan, l’ami de Sartre. Mathieu, c’est son nom, est a l’image de bien des jeunes dans les annees 30, sensibles aux idees de la gauche, aux revolutions. Mais leur engagement est l’origine meme de ce qui les separe du monde : ils sont « pour » ou « contre tel evenement, tel combat, ils sont « revoltes ». Ce sont des juges d’un monde qu’ils aborent et qu’ils refusent, qu’ils veulent changer.
Un air de degout flotte sur le visage d’un ami de Matthieu, enrole dans l’armee republicaine espagnole, a l’ecoute de ce discours de soutien, a l’ecoute de cette indignation morale, « de toute facon j’etais pour l’intervention militaire en Espagne ». Oui, il etait « pour ».
Son ami, lui, y est parti…
Le deuxieme tome va et vient d’un coin de l’Europe a un autre au cours de cette semaine qui a vu capituler les democratie face a la boulimie Hitlerienne, l’Anschluss. Matthieu est un etre parmi d’autre, comme vous et moi, il sait ce qui se passe et regarde l’histoire se faire ailleurs, autours de lui, spectateur indigne et impuissant, engage moralement. Pourtant, ailleurs, d’autres Matthieu(s) voient leur vie remise en cause par cette histoire qui desormais se fait non plus loin d’eux, mais directement contre eux.
Dans le troiseme tome enfin, nous assistons a la naissance du « salaud » Sartrien. Un lache ordinaire, un homme comme vous ou moi, terriblement banal, informe et indigne, lache cette fois dans l’histoire qui l’entraine et contre laquelle il ne peut finalement dresser que sa propre revolte avant qu’elle ne l’emporte et ne le tue, au Chemin des Dames ou ailleurs, au son des canons et des fusils allemands qui avancent dans une France que la hierarchie militaire a decide de leur abandonner, delaissant ces pauvres soldats qui n’y comprennent rien. Mathieu veut mourrir heroiquement, comme un homme, mais il meurt comme un chien. C’est la que surgit l’alter-ego/alter-egal de Matthieu (Michel ? excusez, j’ai oublie…). Fait prisonnier, il accepte son sort. Il ne se revolte pas, il pense. Et il ne pense pas a son malheur, il pense a ce qu’il peut faire. Il ne juge pas les hommes autours de lui, il les regarde comme ils sont, il tente de se rapprocher de ceux qui partagent son regard. Il entre dans le monde en faisant entrer le monde en lui. Il accepte l’histoire car il est decider a la faire et non plus la subir. Il renonce a l’heroisme et par la meme devient un homme. Il n’est pas un salaud. Sa premier dignite est d’etre propre et rase dans le stalag. C’est dans le monde que l’on s’engage, et non en spectateur du monde, en spectateur revolte barde d’une morale du bien, du bon, du bien et du mal. L’engagement sartrien est un refus de l’illusion d’un monde qui nous serait exterieur.
2008, ce sera pour moi l’annee des autres en moi, du monde comme je le vois, ou je suis un acteur bien malgre moi, malgre (ou a cause de) ce que je n’y fais pas. Attendez-vous avoir ce blog prendre des couleurs que vous ne lui connaissez pas. Je suis libre.

Portrait de madame Recamier, par David. Vers 1800. RMN, musee du Louvres.

J’appellerai cela Le simple. Si je devais definir une ambition esthetique, je commencerais par lui donner l’ambition de l’origine, c’est a dire, la necessite. Qu’est-ce qui est necessaire ? Pour pallier aux problemes de pollution et de crise de l’energie, ne devrait-on pas s’attarde d’abord sur ce qui est necessaire a notre espece, avant de chercher a embellir (?) toujours un peu plus ce qui est superflu ? Ne pourrait il pas y avoir une beaute dans ce qui est elementaire, simple, basique, brut, essentiel ? Jamais autant qu’en ce moment je n’ai ressenti avec autant de besoin ce qui fut la force du projet Bauhaus vers 1919, De Stilj des les annees 10 ou bien la terrible simplicite du portrait de madame Recamier par David. Nous vivons dans une epoque ou les boucheries predatrices militaires et financieres n’ont d’egales que les debauches du luxe, du people, du glamour des possedants et des gens qui comptent. Le design, l’art, tout est desormais guide par ces publics plus ou moins branches mais tous plus ou moins egalement fortunes qui nous releguent dans la fosse aux lions ou nous assistons au spectacle de leur grandeur entre deux spots televises et quelques flashs nous renvoyant les images de ce monde qui est a la fois le leur mais aussi le notre avec son flot de refugies, de mutiles, de femmes violees et torturees, ses epidemies qui frappent touours les memes, et attendons nous desormais a y ajouter le triste spectacle des ravages du rechauffement global. Qu’est ce qui peut justifier une esthetique neo baroque, l’emploi de la couleur dans des doses a faire gerber… J’aspire a une esthetique de l’essentiel, de l’essence des chose, au materiau brut, simple, sauvage mais rendu ami par je ne sais quel coup de genie d’un artiste que je ne suis pas. La rouille sur le moindre objet metallique a Kyoto me fascine, lui donne quelque chose d’unique que ne possedera jamais la moindre bague a 80,000 euros qu’un quelquonque president de la Republique Bananiere offrira a sa premiere Pouffe.
Pourrait on trouver l’elan, le souffle du retour a ce qui est la base, l’essence de l’art et l’energie qui en emane apres chaque revolution, chaque cataclysme incroyable en s’epargnant et la revolution et le cataclysme, ou faudra t’il encore que…

J’aspire au Simple, a la feuille blanche qui m’attend timidement et que je remplirai peut etre, qu’importe, cette feuille est la, elle m’attend, elle est le monde en devenir, et c’est deja une puissance suffisante… j’aspire a un ordinateur qui ne serve qu’a ordinateurer, c’est a dire, a me tourner vers vous et vous tourner vers moi, qu’importe le comment, nous avons tant de choses a nous dire, a nous montrer, a echanger et a construire. J’aspire au simple des mots et des couleurs. Et ce n’est pas grave si c’est mal dit, si c’est mal colore ou si le trait n’est pas assez droit, nous finirons par nous y retrouver; la television est si lechee, si parfaite, les bons mots si savament etudies, l’impertinence y est si bien calculee. Non, j’aspire au brut, au materiaux des ages d’avant, aux couleurs des temps premiers quand on ne calculait pas. Je reve de perspectives fausses, de gros mots qui sortent tout seul pour le juste plaisr de se les entendre dire. Crotte ! Vous avez une humeur de pet, Florian, calmez vous ! La television est si grossiere, et ca fait tellement vendre, foutre dieu !
Ce doit etre Kyoto…

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