Quelques projets du moment

Q

Je suis moi-même passé par ces contrées, il se cache, mais il revient. J’étais pareil, j’étais pire. J’étais seul.

L’inspiration est venue, fruit de la rencontre, fruit de ce chemin engagé depuis ma « vision de moi » l’an dernier, fruit de la gymnastique, fruit de ce transfert de mon site d’un hébergeur à un autre, fruit de ce travail sur moi-même durant la crise COVID, fruit de la maturité aussi. Et puis le décès de maman, on mûrit forcément. Et puis cette promenade de nuit sous le ciel étoilé sur les routes ennuitées de la Sarthe, ces 15 kilomètres dans le noir sous le cosmos, un puit d’énergie…
J’étais à l’affût d’un déclic, de l’étincelle, et ça a été ce morceau de Anne Clark – dont je dois préciser ici que je n’étais pas fan à cette époque.

Je suis aidé, faut-il le dire, par la situation économique, car nous allons exactement là où je sais que nous allons, et comme je l’ai dit à mon ami Thomas il y a des années, « c’est pour 2024 ». Vous verrez, ce sera 1929 à l’échelle planétaire, et cette fois, ce seront les monnaies qui s’effondreront en entraînant les banques centrales avec elles…
Enfin, bon. À quoi bon… je ne suis que moi-même et n’ai aucun pouvoir sur les événements, alors je me contente de m’occuper de moi, de mon pré-carré, de « cultiver mon jardin », pour paraphraser Voltaire. Être un travailleur précaire au Japon en recherche d’emploi dans ma période de renouvellement de titre de séjour me suffit amplement.

Le déclic, c’est donc une chanson, ses sonorités venues d’un autre espace temps et son texte sans concession, très beau, très intime et délicat à la fois, au milieu d’un ensemble de choses qui cheminaient en moi. Je laisse aller depuis quelques temps, je sors de ma période de restrictions financières et j’ai un peu écorné mon mini bas de laine. Je dis mini car il l’est vraiment.

J’ai acheté un Kindle. C’est pas trop cher et maintenant que mon compte Amazon est bien configuré sur la France, je peux y acheter des ebooks. C’est nettement moins cher que les livres et j’économise les frais d’importation, devenus exorbitants. Lire est un plaisir intime dont je me suis privé ces dernières années. Un plaisir oublié.
Je reviens sur mon site, je m’y raconte de nouveau, je ne m’y cache plus et je reprends plaisir à écrire dans le train. Ce doit être la gym, je me sens moins fatigué. À moins que ce ne soit le fait d’avoir arrêté d’utiliser les réseaux sociaux qui a accru ma concentration. J’ai même arrêté Grinder et je suis en guerre avec YouTube où je combats mon addiction aux vidéos. J’avance là aussi, et je me surprends à avoir de plus en plus de temps libre. Pour lire, écouter de la musique, écrire…

Mon projet ce mois-ci, et ça m’a conduit à dépenser, c’est peindre mes étagères. Une envie de revenir de couleurs, de couleurs de bases. De Stijl. Rouge, bleu, jaune, noir et blanc. J’ai aussi acheté du gris. Je vais peindre les étagères, donc, mais aussi (juste) le tour de mon bureau, peindre deux ou trois babioles (le morceau d’une lampe en aluminium, un pied de lampe…). Et puis je vais faire un nouvel emballage pour mon sofa. Pour les étagères, ça va être très ennuyeux, entre le foutoir des bouquins partout, l’impossibilité de peindre tout d’un coup par manque de place, ce sont donc deux semaines de chantier, je crois que je vais regretter dés la première touche de peinture déposée sur la première planche…
Le plus difficile, ce sera coudre le revêtement aux exactes mesures pour mon sofa! Je veux de la couleur. Plus tard, je compte faire imprimer quelques photos. Et si tout se passe bien professionnellement, je n’aurai plus qu’à déménager. Mais ça, c’est à plus long terme. Boulot d’abord.Je vais également rafraichir ma table basse, un table à pas cher. Je vais peindre le plateau en rouge puis faire des collages de photos des années 80 japonaises, puis emballer dans du vinyl. Je l’avais fait en France, c’est assez rapide, et c’est amusant.

J’ai renouvelé mes parfums. Aramis et Antaeus comme toujours. Je viens de m’acheter des produits Molton Brown – j’adore Black Pepper, donc le gel douche et la lotion pour le corps.
Et puis lundi, j’ai fait une dépense totalement inutile, elle. Inutile à première vue, mais très synchro avec mon humeur, avec ce sentiment de retrouvaille avec moi-même.
Je me suis fait percer le téton gauche.
Je voulais vraiment le faire depuis des années. Rien à voir avec la mode, avec le trend. C’est un geste totalement gratuit, lui, je ne le destine qu’à moi-même, sans espoir d’être jeune avec, sans espoir de plaire. Je m’en fiche, c’est beaucoup plus comme une de mes coupes de cheveux quand j’étais jeune, mais en version pédé.
J’ai la moustache à la Claude Montana, j’aurais un piercing de clone 80´s. Je ne suis pas tatouage du tout, pas plus que je ne suis pas piercing non plus. Je suis juste un pédé d’un certain âge décidé à se faire plaisir. Bon, et puis il paraît que c’est agréable. Je vous raconterai.
En tout cas, l’un des mecs qui m’a le plus impressionné côté sex avait un piercing au téton, on dira donc que aussi c’est un hommage à son incroyable sensualité. Vous savez, le canards… Ce sera mon truc secret, caché sous ma chemise, ce sera un truc que je partagerai uniquement avec un homme que j’aime, parce que maintenant, j’ai décidé que je ne baiserai plus avec quelqu’un que je n’aime pas. Ça réduit fortement les possibilités, à mon âge, mais comme j’aime quelqu’un en ce moment, j’aime cette idée d’une intimité particulière qui dépasse le sexe… Un reste de cette longue traversée de l’épidémie de SIDA, quand il nous a fallu apprendre notre corps, nos sens, et pratiquer le sexe sans risques….

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lâché la bride sur mes désirs. Je l’ai fait dans ma jeunesse et me suis brûlé les ailes, j’étais tellement instable, tellement amoché psychologiquement, je ne contrôlais pas mon processus d’autodestruction. Alors ce piercing, c’est de la confiance en moi – et d’ailleurs, le piercing au téton, par sa visibilité érotique totalement assumée, est aussi pour moi une véritable affirmation de ma confiance en moi et de mon complet dédain envers le regard de l’autre. Je suis allé à la gym hier soir, je me suis senti anonyme, et cela m’a fait encore plus de bien…
D’ailleurs, là, j’y ai appris à assumer mon corps comme cela ne m’était jamais arrivé avant. J’y suis allé quand même, au début, gras, avec mes bourrelets, le corps affaissé, et je ne me suis pas senti gêné. J’y ai regardé mon corps dans les miroirs, je n’y ai pas vu un corps laid, j’y ai vu un homme d’un certain âge qui s’était oublié. J’ai regardé les autres corps au vestiaire, au SPA, des corps de toutes sortes, des bites de toutes sortes, et ce qui s’est rapidement installé en moi est une terrible liberté, un sentiment d’anonymat et de communauté à la fois, une indifférence sympathique envers les autres en envers moi-même. Le sport en ce sens me fait beaucoup de bien. Mon corps se transforme mais c’est surtout moi qui me transforme. Et j’aime ces challenges que je me lance, et que je tiens.

Du côté de ce garçon dont je vous parlais, je commence à mieux le cerner. Nous ne nous sommes pas vus pendant trois semaines. J’ai tempêté il y a deux semaines, il m’a fait une remarque juste – il ne surenchérît jamais mes tempêtes. Malgré de longs silences, il continue de m’écrire – par à-coup, il maintient le lien, il aurait très bien pu me jeter. Il m’a dit qu’il n’allait pas bien, mais que ça commençait à aller mieux, alors je commence un peu à comprendre, et je ne tempête plus. J’ai décidé de me donner totalement à cette relation, elle ne me nuit pas, elle accompagne ce processus engagé au début de l’année avec entre autres la migration de mon site ou mon abandon de Facebook. Je me tiens à mon choix. Les hétérosexuels sont bien capables de « se fréquenter » pendant des mois et des mois…
Il accompagne ce renouveau engagé par touches successives dans mon quotidien. Il m’y aide, même, involontairement, presque malgré lui. Il fait partie de ma vie, je lui écris même s’il ne répond pas tout de suite. Il finit toujours par répondre. Par revenir.
Il est revenu, mardi soir. À sa façon, maladroite et hésitante. Il m’écrit à 10 heures et demie, me demande ce que je fais, je lui dit « rien de spécial », silence de son côté, et puis je dis « tu veux passer », et il répond « bien sûr », et une minute après il est là…
Je m’étais fait une vague idée de ce qu’il traversait, je suis moi-même passé par ces contrées, il se cache, mais il revient. J’étais pareil, j’étais pire. J’étais seul. En partant de chez moi, il s’est finalement excusé de ne pas m’avoir vu durant ce temps et m’a enfin donné la raison. Il a une bonne raison. Bien sûr, ce doit être bien plus compliqué et emmêlé que ça, mais c’est quelque chose dont il m’avait parlé il y a trois mois, à l’époque où ça s’était produit. C’est l’époque où il a commencé à devenir plus distant.
On verra, mais de mon côté, cette histoire ne me fait plus le trouble d’il y a trois semaines.
Je lui ai écrit samedi que j’allais me faire faire un piercing, ça l’a laissé dubitatif! Ça ne m’a pas étonné. (j’en ai également parlé avec Jun, dont la réaction a été amusée et très dubitative également). Il m’a envoyé un de ses messages impulsifs, et puis ça a été le silence après, jusqu’à mardi soir. Je l’accepte comme il est, avec ce qui ressemble à une dépression. Et puis il est venu, et il m’a demandé si je l’avait fait, il souriait.
Il a été hésitant tout le temps qu’il a passé chez moi, rivé sur son téléphone à répondre à des messages avant de me parler d’un autre de ses problèmes – il m’a montré son téléphone. Et puis il s’est fait tendre après que je me sois rapproché de lui.
C’est un garçon de son âge dans une situation difficile, à une place difficile. Je suis un homme de mon âge avec le détachement que procure la maturité. On verra, mais j’ai cessé de me poser trop de questions, je commence à me détacher tout en restant attaché. L’émotivité laisse place à l’affection simple. Il revient toujours, et moi je suis là pour lui. Je suis simplement amoureux.
Peut-être un jour je me lasserai d’attendre quelque chose qui ne vient pas mais je ne prendrai pas au dépourvu et je le lui dirai car pour tout dire, même s’il ne devenait pas mon amant, je ne voudrais pas me priver de l’incroyable chaleur et de l’incroyable douceur qui émanent de sa personnalité quand il se laisse aller, quand il est dans mes bras.

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