Renaissance: mon été Beyoncé

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un album pop incroyable, riche, drôle parfois, rugueux des fois, jouissif souvent, extatique, proche de l’orgasme. Un grand album à un moment clé qu’elle a définitivement su capter.

(texte écrit mercredi 24 août matin)

Je n’écoute plus de pop, je veux dire par là que s’il m’arrive d’en écouter, c’est en coup de vent, soit en écoutant un truc ancien que je connais bien, soit en m’entichant d’un truc nouveau que je vais écouter pendant quelques jours avant de l’oublier. Peu de trucs me remuent, il y a tellement de grosses ficelles. Dans la pop, il me faut des sonorités qui me bluffent, que l’ingénieur du son se soit amusé avec la stéréo, des trouvailles dans les mélodies, dans la voix, et puis que le texte balance, qu’il colle bien à la musique. Il me faut de la variété dans les différents titres. J’écoute un album pop comme j’écoute une œuvre de musique baroque ou de l’ars nova du 14e siècle. Mes critères seront différents mais je veux être touché. Et pour tout dire, je ne m’attarde jamais plus d’une semaine sur un album.
Cette années, je me suis un peu attardé sur l’album de Jon Batiste, mais au final ça me fait l’effet d’une fringue chez Zara. Ça y ressemble, mais ça le fait pas. Les orchestrations sont incroyablement pauvres quand on pense à ce à quoi elles font référence. Par orchestration, je veux dire que sans lui demander de nous faire du Bach ou du Calloway, il aurait quand même pu éviter de faire du pastiche. Mais au bout d’une semaine, je me suis fait l’effet d’écouter une sorte de bande son de Glee. C’est trop ou pas assez. C’est dommage, il y avait de l’idée, cette constante référence à la culture noire de la première moitié du 20e siècle, les big band, le swing, cette incroyable joie de vivre du Harlem Renaissance et des années 30 au coeur de la ségrégation, des violence du Klan et de la dépression, mais il ne parvient pas à décoller du pastiche. Et puis cette espèce de déclaration woke à deux balles en plein milieu de l’album, freedom bla-bla-bla, à force de l’entendre, elle a fini par me rendre l’album totalement indigeste.
Avec Wayne Snow, j’avoue avoir ressenti un petit quelque chose de plus profond, mais là on tombe dans l’autre travers de la pop: la sur-sophistication. Je me suis lassé, et j’ai fini par oublier que je l’avais mis dans mes favoris sur Qobuz. J’y reviendrai peut-être, certainement même car l’album est beau: il y a de jolis trucs, dans cet album, mais à qui s’adresse-t-il à part un public instruit sirotant des cocktails en parlant des inégalités de genre, de race, de classe dans un bar « décalé »? Un peu comme le free-jazz, ce truc pour blancs en psychanalyse, dans les années 60, quoi.
Car c’est là où éventuellement, malgré tout, Jon Batiste marque un point. La pop, ça doit être populaire, ça ne peut être ni snob, ni prétentieux, ça doit rester accessible, c’est la seule façon pour elle de vivre, de se surpasser. De la pop prétentieuse, il faut être clair, c’est de la très mauvaise musique contemporaine, pauvre à tous les niveaux. À l’IRCAM, ils mixent les sons en 7.1, vous vous promenez littéralement dans un espace sonore. Alors les trucs pop limités à la stéréo et souvent assez mal mixés, dés qu’ils essaient d’être un peu sophistiqués, avec leurs accords de tierces à deux balles qui dépassent pas le niveau d’une chanson villageoise du 11e siècle sans sa vivacité, ben, ça le fait pas. Je parle ici de mon opinion, bien sûr. Il y a eu récemment un article sur le dédain des trentenaires pour la musique. L’article balayait toute une palette d’explications sans même envisager que se restreindre à un type de musique, c’est pauvre. Pour ma part, le baroque m’a protégé de la lassitude et je continue d’écouter très activement de la musique, de découvrir comme un gamin.

Dans la pop, j’aime la simplicité. Je me moque de savoir si les musiciens savent vraiment jouer, je veux juste qu’ils me réveillent, qu’ils m’amusent, qu’ils me fassent bouger, qu’ils m’étonnent, qu’ils m’émeuvent. C’est ça qui a été fantastique dans la new-wave, le hip-hop ou la house du début, ce truc root qui se fiche de ce que les spécialistes diront, ça balance. Écoutez les B52’s, à l’époque de leur premier album, le son du piano jouet, les trois accords de la guitare, tout dans les voix, dans l’énergie, avec des paroles à deux balles faciles à se rappeler, ça balance tout de suite, on est accro. Rien à foutre que ce soit des accords faciles: ça marche. Et la pop, c’est ça, non? Rien à faire que « XXX » se soient enfermés trois mois à écouter Beethoven et qu’ils ont eu la révélation pour un album « symphonique mais puissant et rock », parce qu’à l’arrivée, ils n’auront fait qu’une espèce de daube prétentieuse. Ou un truc ennuyeux. Ou un truc snob.
Regardez avec le jazz. Voilà une musique qui décoiffe entre ragtime, charleston, swing, be-bop, c’est roots, et quand on regarde les gens danser, wow… et puis à partir des années soixante, on s’assoit et on parle de Foucault en écoutant des mecs blancs mal coiffés à lunettes rondes faire des improvisations brillantes mais prétentieuses pour un public assorti, persuadé d’appartenir à l’élite de la musique (je mets en lien un concert de Bill Evans qui reste l’un des plus brillants de cette époque mais il faut avouer qu’on n’est plus du tout ni dans le même public, ni dans le même genre, bref, une musique qui s’adresse avant tout à des intellectuels).
Il y a le même truc avec certains trucs de pop, on dirait que le vieillissement de la population se reflète dans les tempos, c’est de la musique de bars, on est debout, on remue un peu le cul, « ce truc est dél’lire ».

Je suis tombé sur Jessie Ware, Free yourself. Un archétype de ça, du Canada Dry. C’est mou et c’est mal produit (au contraire de la vidéo destinée à donner le côté « ce truc est dél’lire » un peu comme le défilé de mode dans le dernier épisode de Emily in Paris, avec des bourgeois blancs maigres qui regardent le défilé « dél’lire » ou la soirée DJ à l’Élysée totalement « queer et dél’lire », c’en est super prétentieux. On voit vaguement ce qu’elle a voulu faire, mais je ne sais pas ce qui s’est passé ni dans quelle phase elle en est avec son psy, mais c’est pas sorti. Par exemple, il y a une manifeste référence disco dans le milieu du titre (et dans la couverture, résolument très 1977, coupe cheveux floue et pose lascive genre Jennifer). Mais non…, il y a des cordes, mais elles sont quasiment inaudibles et surtout elles ne sont même pas stéréo! Je ne sais pas, moi, elle aurait pu les mettre en avant, avec certaines bien à droite et d’autres bien à gauche, ça aurait donné du moelleux vaporeux assorti à la couv’ au milieu du morceau, juste avant que ça ne vire 1990´s, ça aurait été superbe, ce contraste. Et puis le tempo, ce n’est pas parce qu’elle avoisine la quarantaine qu’elle doit se limiter au rythme de bar, ce tempo d’avant le disco, avant que ça s’accélère pour produire ce petit sautillement typique de la disco, deux coups vers le pied droit, deux coups vers le pied gauche, bras qui balancent et épaules qui swing, et des cordes pour s’envoler. Ben non. À l’arrivée, un truc d’un plat inimaginable pour quarantenaires qui croient être encore jeunes parce qu’ils écoutent des trucs avec du rythme. Un peu comme, heu…
À ce niveau là, je préfère nettement Aya Nakamura, elle m’amuse, elle est jolie, et j’attends le jour où un parolier et un musicien « inventeront » Aya Nakamura, elle le mérite franchement. Et elle, elle ne prétend rien. C’est ça, la pop. Si j’étais président de la république, Marianne, ce serait elle. Non négociable.

Je n’ai jamais vraiment aimé Madonna, je veux dire que j’ai des sentiments très complexes à son égard. Pour moi, elle reste à l’origine avant tout une lessive de maison de disque. Mais c’est une fille intelligente, super bosseuse. Elle a travaillé comme une dingue, elle a su frayer son chemin là où elle sentait qu’elle apprendrait quelque chose au lieu de chercher le succès facile, et quand elle a signé avec une maison de disque, elle avait acquis l’expérience et les référence nécessaires pour, le moment venu, devenir Madonna vers 1985/86. Elle a non seulement su incarner son époque, mais elle a également su contribuer à l’inventer, à lui donner un visage.
De 1985 à 1992, malgré des hauts et des bas, elle parvient à une sorte d’apogée dans sa carrière sans jamais être prétentieuse. Elle se contente de faire de la chanson qui balance, des trucs de boites et des albums suffisamment bien faits pour pouvoir aussi s’écouter à la maison. Il y avait pourtant à cette époque de nombreux autres artistes populaires (Neneh Cherry, Janet Jackson), mais elle fait partie de ces rares à avoir été en phase avec le moment sur une aussi longue durée sans jamais tomber dans le piège de « pour cet album on a voulu faire quelque chose de différent ». L’album différent, c’est, comme je l’ai écrit plus haut, le truc le plus casse-gueule, dans la pop. Ça pardonne pas.

Et puis à partir de 93, elle a commencé à sombrer dans le ringard. Difficile pour la chanteuse symbole de l’Amérique de Reagan de traverser les années 90. Ses essais d’épilation des sourcils années 30 sont pour moi le sommet de la voie sans issue dans laquelle elle s’engageait, une sorte d’embourgeoisement et de transformation en chanteuse trentenaire en robe longue et décoloration blonde Gene Harlow sans la spontanéité glamour.
C’est en 1997 qu’elle a pris un très grand risque. Elle a décidé de se réinventer, de faire « l’album ». La différence, la recherche d’une réinvention sont au cœur même de celui-ci. Et comme je l’ai écrit, le risque est énorme, souvent, c’est casse-gueule, prétentieux, et surtout ça s’écarte de ce que doit être la pop, ce truc qui balance, qui fait danser, qu’on retient facilement. Et au final, Ray of Light est certainement l’un des albums pop les plus réussis des 50 dernières années. Je parle pour moi, hein.
C’est Madonna et c’est une nouvelle Madonna, et c’est certainement le thème qui traverse tout l’album, je m’étais perdue et je me suis retrouvé. Elle a choisi un DJ brillant, un de ceux qui résume le mieux la culture populaire de l’Angleterre à ce moment-là, et pour se faire, Madonna va coller à ce nouveau centre de la culture qu’est l’Angleterre de Tony Blair, ce en quoi elle reste fidèle à ce qu’elle est, une Reagan-liberal, cette génération nourrie d’idées de gauche tout en étant imbibée d’individualisme, d’ambition et de discours sur la réussite personnelle, Patty Smith s’extasiant de la décrépitude de New-York dans une indifférence esthétisante pour la pauvreté.
Madonna planque une partie de sa méga-fortune dans des paradis fiscaux, au Panama, au Caïman., mais est ultra-libérale pour le cul, la drogue, les modes de vie, elle participe donc pleinement de l’idéologie néolibérale anti-fiscale et hédoniste. Ses protestations politique ont donc une portée plus symbolique que réelle et ne coûtent finalement pas cher tout en lui garantissant la fidélité de son public.
Je la regarde vieillir sur Instagram en me demandant à quoi ressemblera l’époque qui vient, et qui en sera le symbole, mais une chose est sûre, le reaganisme, même « liberal », c’est une chose du passé…

Il nous reste Ray of Light, un magnifique album, cohérent, où les titres s’enchaînent avec évidence, où les sonorités racontent ce moment des années 90 qui annoncent les années 2000, internet décolle, les trithérapies mettent fin à l’hécatombe de l’épidémie de VIH et les pédés reprennent confiance, la techno devient grand public. Madonna a réussi un coup de maître qu’elle est parvenue à prolonger avec Music et American Life. L’album de 2005 clôt cette époque, son époque européenne. Les titres sont beaux, c’est une pop bien ficelée, mais finalement, tout est déjà contenu dans Ray of Light…
Après, elle n’a pas pu s’empêcher de redevenir Madonna et de courir – avec talent- après son ombre tout en commençant à créer le personnage hyper sexualisé qu’elle est devenue depuis. Elle me met des fois terriblement mal à l’aise, elle me fait penser à ces vieilles actrices des années 20/30 qui tentaient de se survivre malgré la vieillesse, à Sunset Boulevard… Elle a ce côté boomeuse, elle ne veut pas lâcher, et le filtre qu’elle utilise pour paraître jeune sur Instagram ajoute quelque chose de pathétique qui transparait quand au hasard on voit son vrai visage. Une allégorie de notre temps, en quelque sorte…

Alors, Beyoncé dans tout ÇA?

Tout d’abord, je ne suis pas un fan de Beyoncé, simplement parce que je n’écoute pas de pop, et que comme Madonna elle est aussi à l’origine une lessive de maison de disque. Je n’écoutais pas ce genre de truc quand j’étais plus jeune.
Girl’s Tyme et Destiny’s Child, ce sont avant tout des trucs de producteurs, avec une grosse importance du marketing, de l’image – coller à la mode du moment, etc et je n’ai jamais accroché à ces trucs pour de vrai même s’ils restent de véritables moteurs de la pop. Qu’on pense à Phil Spector, producteur de génie qui est à la pop des années 60 ce que Christian Dior a été à la mode des années 50: on ne peut pas imaginer ces décennies sans eux, tout simplement.
Quand j’étais en Angleterre, c’était l’époque de Destiny’s Child, mais malgré leur succès, il y avait tellement d’autres trucs qui marchaient qu’elles n’étaient qu’une lessive parmi beaucoup d’autres, un fond sonore, pour reprendre l’image qu’utilise Nikaulaus Harnoncourt pour décrire les interprétation de musique baroque avant la « révolution baroque ». Des trucs dénués de toute surprise et qui se fondent très bien aux décors des centres commerciaux, qui sont de l’époque sans prendre de risque.
Et pourtant, c’est avec ce parcours que, comme Madonna, Beyoncé va apprendre. À danser, à bouger, à être solide. Et puis elle va prendre son indépendance en entamant sa carrière solo, développant sa propre personnalité. À intervalles réguliers, elle a croisé mon chemin et chaque fois elle a retenu mon attention car c’est devenu très clair rapidement qu’elle était bosseuse, et que, contrairement à Madonna qui kind of montre de plus en plus son cul pour montrer qu’elle a une chatte, le dévoilement du corps chez Beyoncé n’est jamais totalement sexuel – on ne refait pas une éducation, je n’aime pas l’exhibition sexualisée, même si la nudité ou le porno ne me posent aucun problème. Au fil du temps, Beyoncé s’est émancipé de la sexualisation et de plus en plus utilise son corps et son dévoilement comme d’une armure et en même temps comme le trophée d’une femme noire totalement fière d’être noire, et je crois que c’est ce que j’aime le plus chez elle, dans sa personnalité publique. Même sentiment pour Rihanna.

Beyoncé succéde à Madonna, elle est le symbole de l’utopie multiculturelle à l’âge du social-libéralisme, d’où ses positions de plus en plus politiques. Elle est l’artiste de l’Amérique post-Obama, avec toutes ses contradictions, de Black Lives Matter avec toutes ses limites politiques mais j’avoue que c’est une Amérique dans laquelle je me reconnais bien plus malgré tout que dans les gesticulations de plus en plus hédonistes, narcissiques et « queer diffusion » dans lesquelles s’enlise « moi-moi-moi » Madonna.
Bref, je pouvais être prêt à écouter Renaissance sans ce préjugé que je peux avoir pour la pop.
Et j’ai vraiment bien fait car Renaissance est de la même veine que ce en quoi était fait Ray of Light, même si ce sont deux albums très différents. Dans les deux cas une certaine prise de risque, celui de tomber dans l’album prétentieux. Et de la même façon, tout le contraire.
Exactement comme Madonna pour Ray of Light, Beyoncé n’innove pas, elle n’expérimente pas (et c’est certainement là que les deux vidéos de Kellis, se revendiquant comme « innovatrice », « elle », tombent complètement à plat, un peu comme si Pierre Shaeffer avait accusé Pierre Henri de l’avoir plagié pour la Messe pour les temps présents car il était, lui, le vrai innovateur…).
Beyoncé synthétise quarante ans de musiques populaires dans tous les styles, et parmi ceux-ci je me suis surpris à trouver jusque de ces sonorités new-wave devenues si rares ou trop souvent plagiées. Mieux, elle balaie le passé, aucune référence aux années 60/70, à la Motown. Tout au plus m’a-t’il semblé retrouver un peu de Marvin Gay dans la transition vers Virgo’s Groove, mais non, l’album s’inscrit dans la temporalité de la pop d’aujourd’hui à partir de ses origines, les années 80. Tous les styles se télescopent avec une véritable intelligence et c’est précisément cela qui donne à l’album son caractère unique, innovent. Beyoncé a mis notre époque dans 16 titres aux sonorités variées, souvent inattendues, parfois rugueuses, et souvent si incroyablement sensuelles, chaudes, charnelles.

Les cinq premières secondes d’un bon album sont fondamentales. Kraftwerk étaient des maîtres en la matière, que ce soit avec des Klaxons, un compteur Geiger ou une sorte de bruit venu d’un futur robotisé. Et ainsi I’m that girl s’ouvre brutalement pour donner à la voix de Beyoncé toute sa place, pour nous faire comprendre qu’il y aura des choeurs, qu’elle va alterner le chant et le parler, que sa voix se fera douce ou forte avant de passer à Cosy, et là, on comprendra enfin que nous avons à faire à un album concept où les titres les uns après les autres s’enchaineront. Cosy est suivi de Alien Superstar qui est un véritable bijou d’élégance où des sonorités de synthétiseurs s’entremêlent avec le chorus, les samples Unique, et surtout on goûte toutes les palettes de la voix de Beyoncé, certainement la plus forte qualité de cet album.
Cuff it est le premier break, et là, ce sont les années 80: quand je l’ai entendu la première fois, je me suis souvenu des petits Bourges à cheveux châtains gominés, Westons aux pieds sans chaussettes et jeans 501 roulant en Golf, pulls sur les épaules et Funk à fond dans les rues du 15e vers 1982/83, une sorte de petite pastille de bonheur spacio-temporel. Et à aucun moment on est dans le pastiche, c’est juste qu’on a arrêté un jour de faire de la musique comme ça, et qu’elle nous invite à écouter une petite pastille de bonheur funk and fresh.
Quand on arrive à Plastic off the Sofa, il y a comme un truc de Marvin Gay ou de Al Jarreau dans l’air, on se love dans une sensualité confortable, on en redemande avant d’atteindre l’orgasme dans une transition où on entend presque What’s Goin’ on de Marvin Gay, et c’est Virgo’s Groove, le plus sensuel et le plus brillant, le plus baroque, le plus joyeux yeeeaaah aussi de tout l’album, avec des effets venus des trois ou quatre décades passées.

Et puis America has a problem, un autre petit bijou, sa voix, la musique, tout. Un bijou d’une rare élégance, I’m bad, I’m bad, qui slalome entre des sonorités venues des années 80 pour nous entrainer dans le RnB des années 90, NO, NO. Et puis vient Pure/ Honey, les ballroom, le voguing, I’m -too -much busy.
Queen Bey nous laisse avec un dernier morceau qui détourne I feel love, dernier clin d’oeil à ces 40 dernières années dont la première décennie, les 80’s, a commencé vers 1977 dans les clubs et sur la disco, avec cette envie de sortir, de danser, de s’habiller, loin de l’avachissement dans lequel s’enlisaient les années 70.
Ce qui m’a le plus surpris est la palette de sons, de thèmes musicaux, la richesse de sa voix, la multitude de références.
À l’arrivée un album pop incroyable, riche, drôle parfois, rugueux des fois, jouissif souvent, extatique, proche de l’orgasme. Un grand album à un moment clé qu’elle a définitivement su capter.
Avec Ray of Light, Madonna synthétisait ce moment où les musiques électroniques étaient arrivées à maturité, où la techno avait gravé son emprunte sur toute la décennie et où il était temps de s’en inspirer pour faire de belles chansons d’amour simples.
Avec Renaissance, Beyoncé marque la rupture que nous sommes en train de vivre. Nous ne savons pas où nous allons, mais le passé nous offre des références riches avec lesquelles nous pouvons nous amuser pour raconter le présent, I just quit my job, en étant sûr qu’il y a là quelque chose de jouissif à partir duquel on pourra explorer de nouveaux horizons.
Il tourne en boucle chez moi ou à la gym dans mes écouteurs, et vraiment, pour de la pop, c’est rare. Je ne vous prends pas la tête avec les paroles, mais j’avoue m’être bien amusé en entendant « They turned them Karen into terrorists » qu’elle dit avec une prononciation à la fois élégante, presque murmurée, et très délicatement amusée.
Si vous avez des préjugés concernant Beyoncé, dépassez-les. Ce n’est pas une lessive, c’est un album essentiel. C’est l’album de notre temps.

C’est l’album de mon été Beyoncé.

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