Senteurs…

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Mes parfums sont aussi un hommage

Samedi matin. Je suis à l’école.

Il y a deux jours, je me suis acheté un bain-douche et une lotion pour le corps Molton Brown. Je continue mes achats plaisir. C’est très cher mais j’aime la délicate odeur qui flotte autours de mois quand je suis assis et qui se superpose discrètement à mon parfum. Antaeus. Je suis définitivement quelqu’un de très classique…

Je suis tombé sur un article au sujet de Grey Flannel, le parfum Geoffrey Beene. Écrit par une tanche qui écrit sur un sujet qu’elle ne maitrise pas sur un site sensé être spécialisé « parfum ». Elle le compare à un parfum de supermarché, à une cologne. Et à du Dolce et Gabana. Pour conclure que c’est un truc à pas cher qu’elle ne conseillerait pas. Elle avoue cependant que la senteur est complexe et écrit des choses assez contradictoires.
Elle ne sait rien ni du parfum (hormis ses recherches Wiki), de son côté crasseux et raffiné à la fois, de sa très lente maturation sur la peau, de l’horrible odeur de détergent qui s’en dégage dans la première minute avant de céder la place à un bouquet très complexe. Elle ne sait pas que Grey Flannel est une sorte d’héritage des années 70, un parfum assez unique en ce temps. Et que si de nos jours il est vendu à un prix défiant toute concurrence (un peu la même chose pour Aramys), c’est essentiellement parce que la marque a été vendue et revendue.
Du coup, je me suis acheté une bouteille de Grey Flannel, un parfum que, comme Aramys, j’aime porter de temps en temps. Bien sûr, tous ces parfums venus d’avant les années 90 ont subi le même sort, la « reformulation », destinée à supprimer les essences animales. Bel Ami a perdu son côté animal et capiteux, Grey Flannel son côté un peu sale (ce côté un peu râpeux de la flanelle grise), Aramys son attaque violente et sucrée. Lors d’un de mes derniers séjours, j’ai testé Kouros, pour voir, et même si son côté capiteux est adouci, je le tourne toujours aussi rapidement. Il pue dans les trois minutes.

Le parfum, autrefois, ce devait être une façon de se raconter, une part d’intimité élégante. On porte un parfum – une odeur – parce que l’on veut raconter quelque chose.
Mon premier « vrai » parfum, je l’ai acheté dans une petite parfumerie. J’ai bavardé avec la vendeuse, et après un long moment, je suis reparti avec Philéas, de Nina Ricci.
Philéas comme Philéas Fog, ça m’a plu tout de suite, j’étais fan de Adèle Blanc-Sec, du Démon des Glaces. Et j’ai tout de suite accroché à cette odeur sophistiquée et fraiche à la fois, une note citronnée au moment où on le met qui disparait pour laisser place à des notes plus épicées et boisées. La bouteille était d’une rare élégance aussi. Bref, Philéas était devenu « mon parfum » à moi.
À l’aéroport de Dubai, les vendeurs et vendeuses de parfum vous sautent dessus avec leurs trois flacons de D&G, de Prada et de Ralph Lauren, on n’y achète pas une senteur, mais une marque. Et tous ces parfums sentent l’eau de javel sucrée.
J’attends mon Grey Flannel commandé en ligne – on ne le trouve pas en boutique ici.

Mes parfums sont un hommage

Grey Flannel, c’est Jacques, mort du SIDA en 1992. Il était un peu un grand frère pour moi, tout comme Denis dont j’ai gardé Aramys qu’il portait. Tous deux sont les rares hommes à avoir su me voir mieux que je ne me voyais moi-même.
Le temps a passé, mais je les garde précieusement en moi, particulièrement Denis que j’ai aimé très maladroitement, égoïstement et à ma façon, et qui m’a certainement aimé d’une façon plus simple que moi – même si la maturité acquise depuis me dit que je n’aurais jamais dû rester avec lui car il vivait avec quelqu’un, que ce type de relation ne me convient pas.
Jacques, je suis sorti un mois avec lui, ça n’a pas été bien long, il ne voulait pas s’attacher, je pense, de toute façon – sa séropositivité-, et puis j’étais trop jeune. Mais on a continué de se voir souvent. Au fond de moi, je l’adorais, pas d’amour, mais comme un grand frère. Il était cash, direct et pouvait être brutal quand il disait une vérité, mais souvent très juste. Sa mort a été le truc qui m’a conduit au bord du suicide, et finalement en psychothérapie. Quand je porte Grey Flannel, je revoie son visage, j’entends son rire un peu rauque, son côté grande dame, son humour, son sérieux aussi.

Antaeus, Dieu grec et berbère, fils de Gaïa et de Poseïdon, est mon parfum, c’est moi qui l’ai choisi au fil des ans, après avoir butiné chez Hermès ou Guerlain. Antaeus a quelque chose de Bel Ami mais sans l’outrance, et comme la « reformulation » a privé Bel Ami de son caractère extrêmement sexuel, de son côté je suis en rut, Antaeus s’est imposé petit à petit…J’ai donc constamment au minimum trois parfums. Aramys, Grey Flannel. Et mon parfum habituel, Antaeus.

Je poursuis mes petits achats, donc, des achats plaisir. Je continue la gymnastique, je continue d’y apprendre les façons correctes d’utiliser les équipements et surtout d’apprécier comment je me sens après. Je perds du poids et je vois mon corps se transformer en douceur. Je rajoute alors des senteurs à ce corps que je reconquière, j’y ai fait incruster ce piercing qui veut dire que je m’aime, et je reviens vous voir, ici, pour vous raconter moi avec tout le plaisir retrouvé.

On est samedi, la météo est variable mais il semblerait qu’il va faire beau, finalement. J’ai hâte de finir ma journée de travail, cet après-midi. Après, ce sera le weekend. Peut-être je ferai un jogging ce soir, comme j’ai fait samedi dernier.

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