#SUICIDE

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L’espace d’une fraction de seconde, Anne Frank en moi se brise une seconde fois

Il y a à peu près deux semaines, je me promenais et pensais à tous ces attentats, à la déferlante de haine qui suintait des messages et commentaires sur les réseaux sociaux, ma pensée allait et venait, s’enroulait autours de cette incroyable bulle financière faite de crédits dérivés adossés à des titres dont plus personne ne peut véritablement donner le prix, à savoir les dette publiques, désormais achetées par les banques centrales, ces mêmes banques centrales ayant délesté les banques de leurs autres titres à la valeur également très difficile à évaluer, et j’arrivais comme toujours quand j’y pense, à l’inéluctabilité d’une crise monétaire d’envergure quand on commencera à douter de la valeur même des monnaies, de la valeur même des banques centrales sensées donner, garantir la valeur des monnaies dont on oublie trop souvent qu’elles ne sont que du papier, c’est à dire des reconnaissances de dette, et alors la simple perspective de ce télescopage d’une violence grandissante dans la société et d’une crise financière majeure pour laquelle nous n’avons ni les outils théoriques, ni même pratiques m’a, l’espace d’une fraction de seconde, plongé dans un désarroi politique profond. La pensée du suicide m’a effleuré.

J’aime l’idée du suicide, l’idée de se retirer volontairement du monde, non pas pour pointer le doigt sur telle ou telle personne de son entourage, mais simplement pour exprimer que l’on a fait son temps, et que prolonger ce temps est inutile.

Je sais que l’idée de la mort volontaire est une idée contraire à tous les principes moraux du monothéisme, et que le bouddhisme est lui-même très intransigeant à l’égard de la mort volontaire, et pourtant nous sommes environnés de telles violences déclenchées par les activités de nos sociétés qu’il y a là quelque chose de paradoxal, puisque nous donnons la mort à grande échelle à l’aide d’engins de morts qui représentent l’un des secteur économique les plus important, on célèbrera Hiroshima dans quelques jours, et on trouve anormal qu’un individu quitte le monde pour la raison de son choix et au moment de son choix.

En réalité, la mort volontaire devrait être un sujet de conversation banal, ordinaire, et nous devrions accepter que le suicide ne soit en rien un échec de la société ou un échec social, car il est avant tout un choix individuel.

Il est une part de cette lâcheté que nous portons tous en nous, de cette fragilité et de cette fatigue que nous traversons tous tout au long de notre vie, et qui un jour se fait un peu plus forte, un peu plus douloureuse, et alors on se dit que ça suffit, tout simplement.

Dans les sociétés anciennes, dans les sociétés où la religion guidait la vie des hommes, il y avait des sages, des prêtres, des guides moraux avec qui il était possible de parler de ce sentiment de fatigue existentielle inhérent à la condition d’être humain, de sa douleur intime, et si ce sage, ce prêtre trouvait et la patience, et la qualité d’écoute, et les mots nécessaires, alors on pouvait trouver le répit et la force morale pour continuer et retrouver un sens.

Nos sociétés modernes ont rompu ce lien et hormis le psychanalyste, il n’y a plus rien ni personne pour avec nous mettre le temps entre parenthèse, nous assoir et mesurer le chemin parcouru en défaisant ces valises trop lourdes de la vie. Jamais le psychanalyste n’arrivera à la gratuité du vieux sage. Et jamais les amis n’auront et la force, et la capacité de nous venir en aide dans ces moments, car ce n’est hélas pas leur rôle.

Quand l’envie de mourir nous prend, il n’y a plus qu’une solitude triste, un vide gigantesque qui s’ouvre sous nos pieds, et le plus simple nous semble alors d’être de se laisser glisser.

Voilà, c’est fini…

L’espace d’un instant, dans un dernier souffle de conscience ressurgit la facilité de l’abandon du nouveau né qui se rebelle contre son sort mais dans un sens inverse. La mort, c’est le retour dans le calme de la matrice, c’est dé-naitre.

La pensée de ma propre mort est une pensée qui m’est familière, et je suis heureux de vous en parler ici car malgré tous les tabous que cela soulève, je sais parfaitement que parmi vous nombreux sont celles et ceux qui ont visité ce territoire fait d’une grande lassitude vis-à-vis de soi, vis-à-vis de tout.

Avec tant de gens prenant des médicaments pour dormir, je ne doute pas un instant qu’un grand nombre d’entre vous soient des suicidaires en puissance. Et il n’y a rien de mal à cela.

Je n’ai pour ma part jamais pris quoi que ce soit pour dormir ou me sentir mieux, j’ai traversé seul ces nuits d’angoisse où la mort se présente comme la seule possibilité. Et comme vous le savez tous, j’ai eu recours à la psychanalyse il y a très longtemps.

Cette pensée à l’époque où j’ai commencé mon analyse, en 1992, était si forte que j’ai pris l’habitude de me considéré comme déjà mort, car j’étais à deux doigts de le faire, sans même vraiment m’en rendre compte. Je ne l’ai pas fait, mais par respect pour celui que j’étais alors j’ai comme absorbé cette mort possible pour en faire un socle, la base solide de ma personnalité. J’ai accepté ma fragilité, ma souffrance, l’infini tristesse ressentie alors et ce sont d’elles que j’ai nourri ce que je suis.

Je n’ai aucune peur de dire que je suis faillible, que je suis triste. Je vous ai raconté beaucoup de choses sur ce blog. J’assume le ridicule, l’échec, les revers et les succès. Tout cela, c’est ce qui fait la vie, ma vie. Et la vôtre aussi.

L’idée de ma propre mort ne me fait plus peur, elle me rend juste triste pour les autres. Un jour, le monde s’évanouira avec moi, et puis voilà. Une nuit, je rêvais que j’agonisais dans les bras de ma mère, et au réveil ce ne fut pas tant la mort qui m’effraya, c’était causer de la peine… Penser à sa propre mort, c’est regarder les autres, ceux que l’on aime et qui nous aiment. Comme je plains les gens qui sont seuls, ou qui se sentent seuls.

Alors, parfois, quand un obstacle plus grand que les autres se dresse devant moi, l’idée de mourir resurgit, et ce qui pour la plupart d’entre vous semble effrayant a pour moi le goût d’un ressourcement.

Penser à ma mort, c’est retrouver le sens de la vie. Je vous assure, c’est vrai.

Il y a un an et demi, pour une histoire d’impôts en retard, mon compte a été saisi et bloqué, j’ai alors accumulé des problèmes comme vous ne pouvez pas imaginer, et le fait de vivre cela au Japon a renforcé ce fossé gigantesque que je sentais face à moi, eh bien, j’ai survécu.

La même chose avec ma carte de crédit hackée deux fois dont une fois je préfère vous épargner le montant… Il y a eu bien entendu l’annonce de ma séroconversion il y a treize ans, il y a eu le chômage deux fois au Japon. Chaque fois l’idée m’a traversé. Oui. Pourquoi le cacherais-je?

J’avoue que l’évolution politique en France, toute cette haine, et la tentation totalitaire des politiques a quelque chose d’effrayant. Plus que mourir dans un attentat, je commence à redouter la bavure, j’arrive en France, à l’aéroport et pour je ne sais quelle raison, on m’arrête.

Celles et ceux qui s’appellent AbdelMachin me comprendront.

Sentiment d’être piégé.

Et puis avec la montée de ce climat, je m’étais dit une fois qu’au rythme où allaient les choses, bientôt on cesserait de m’écouter, et, croyez-moi si vous le voulez, à deux reprises dans un fil de commentaires Facebook, alors que j’exprimais un avis, et que cet avis était partagé par deux autres personnes, eh bien alors que les autres interlocuteurs se citaient pour se répondre -en s’engueulant-, j’ai été simplement ignoré.

Ce n’est pas de la paranoïa, les Juifs ont vécu la même situation: cause toujours, le Youpin/ le Crouille. J’avais pensé que ça finirait par m’arriver l’an dernier, j’ai appelé cela « la nace », ce truc destiné à piéger et qui se referme.

Quelques jours après Nice, alors qu’en lisant articles et commentaires sortis d’un asile de fous dans une société s’enfermant dans sa propre folie pour surtout ne pas faire face à ses propres problèmes, j’ai été pris d’une sorte de désespoir politique. Un sentiment nouveau. Une envie de mourir pour ne pas voir la suite…

Car le climat qui s’installe de façon inédite, et pourtant des attentats il y en a eu dans le passé, entre violence dans la société et terrorisme, l’un nourrissant l’autre, ne tarderont pas à faire ressurgir les assassinats politiques. Le réalisme aujourd’hui, ce devrait être de s’éloigner le plus possible de la politique, de surtout ne pas se mêler de cela.

Regardant la situation de loin, j’ai gouté l’incroyable vertige qui vient, et surtout je la sens, cette nasse qui se referme sur moi, sur nous, ces injonctions à faire, à ne pas faire, à être, à ne pas être, et j’étouffe car depuis l’enfance, je suis habité par la liberté, et pour moi, accepter ce qui se déroule devant moi, c’est mourir, et alors oui, je préfère en terminer avec moi même.

Et par moment, me sentant isolé, exilé pour toujours, relégué, fiché, contrôlé, enfermé, sommé de me dissocier de je ne sais trop quoi, le doigt accusateur pointé, « musulman », j’étouffe et je suffoque, jamais, jamais donc je ne reverrai la France, le président pour qui j’ai pourtant voté ayant même un moment envisagé de mettre ma nationalité dans la balance, ouvrant la porte aux pires tentations, aujourd’hui, enfermer des suspects de façon « préventive ».

La dénonciation, cette reine de toutes les bassesses et de toutes les renonciations érigée en politique, Pétain, un rictus en coin, savourant sa revanche dans les errements d’un gouvernement prétendument progressiste, j’étouffe, la porte s’est refermée, on va m’emprisonner, on va m’interdire, me bâillonner ou pire, et c’est ce que je disais plus haut, m’ignorer, « cause toujours, ta parole ne compte pas».

Ne pensez pas que je divague, nous sommes nombreux à étouffer de ces injonction, à les sentir peser sur nos épaules et dans nos têtes, ça pèse, ça pèse. C’est donc cela, mon pays?

Une envie de mourir me saisit au fond de mon désespoir. La France se dérobe sous mes pieds, elle fait de moi un apatride après m’avoir arraché à la terre de mon père.

Je veux mourir.

L’espace d’une fraction de seconde, Anne Frank en moi se brise une seconde fois. Je fais face à mon évanouissement et je me demande alors ce que je peux faire, et la douleur est passée. Et je souris. J’ai renoncé à mourir le jour où j’ai décroché le téléphone pour rencontrer madame S., depuis, je reconnais ces moments de désespoir qui jalonnent ma vie, la vie. Et pour tout dire, ces moments me font sourire maintenant.

Souffrir, ça fait des souvenirs, et puis, cela fait des histoires à raconter. Et cela me donne aussi la force de regarder en face les défis politiques de notre temps, avec ce sourire que vous ne tarderez pas à découvrir à la fin du mois d’août quand je démarrerai ma campagne pour les élections législatives. Agir est le plus puissant remède contre les souffrances de notre temps.

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